Ma vie permanente au Mexique. Suite N°2

J'ai envie de vous parler aujourd'hui du judaïsme, tel que je l'ai vécu, bien camouflé dans ma vie et assez difficile à vivre. Mais ça me fait du bien de vider mon sac, c'est une sorte de thérapie personnelle.

Ma mère est née en Pologne, née Finkelstein et a débarqué en France en 2019 car  mes grands parents maternels  ont voulu quité un pays pas très amical à leur égard. Du côté de mon père il est né à Paris, mais ses parents sont partis de Russie, je ne sais pas quand, pour les mêmes raisons. Mes grands parents maternels  parlaient surtout Yiddish et mes grands parents paternels le russe. Ils étaient très pauvres hé oui, tout le monde juif ne s'appelle pas Rothschild. Mais mon père était  un génie : il a travaillé comme interprète Anglais-Français (je n'ai jamais compris d'où il sortait son anglais, lorsqu'il m'a amené en Angleterre pour la première fois), il a également travaillé comme ascenceuriste et je ne sais pourquoi, il a  fait deux années de droit, en étudiant le soir. Il a alors travaillé comme simple clerc d'huissier puis par son acharnement, est devenu premier clerc. C'est alors que son génie s'est révélé. Il a gagné beaucoup d'argent pendant la guerre, je n'ai jamais su comment. Il a refusé de porter l'Étoile Jaune et a menacé ma mère de la quitter si elle s'avisait de le faire. Il a été dénoncé plusieurs fois par des "gentils" Français jaloux, a changé de nom a maintes reprises et mes parents s'en sont sortis miraculeusement. Ce n'a pas été le cas de la famille de ma mère. Des policiers français dont débarqué dans l'HLM de ma grand mère, rue Simon Bolivar, où étaient restés, mon grand père, ma grand mère, le fils ainé et le fils le plus jeune. Ils ont épargné ma grand mère qui les a menaçés de se jeter par la fenêtre et ont embarqué pour Auschwitz les trois hommes (deux autres frères de ma mère étaient cachés à la campagne hébergés par des Français  bienveillants, et deux autres soeurs étaient mariées et vivaient ailleurs). C'est le fils miraculeusement survivant qui nous a raconté la suite. À l'arrivée à Auschwitz, au plus jeune, on lui a hurlé links, à mon beau père rechts, et à mon oncle aîné ARBEIT. Vous avez bien compris ce que ça voulait dire.  À la fin de la guerre, quand les Allemands perdaient pieds, menacé par les Russes, ils avaient  décidé d'embarquer tout ce qu'il restait d'Auschwitz, en train, pour les exterminer plus loin. Mon oncle alors avec un copain du camp ont eu un réflexe de survie et ont sauté du train  puis furent récupérés par la Croix-Rouge. La sœur aînée de ma mère,  Suzanne,  reçut un jour un courrier lui signifiant qu'un membre de sa famille allait arriver. Elle se précipita à la gare et récupéra son frère  à l'état de squelette, mais bien vivant.

C'est sans doute cette histoire qui a perturbé ma mère quand j'étais dans son ventre et a provoqué mon extrême émotivité qui m'a conduit à la dépression.

Je n'ai pas fini mon histoire : jamais en France je n'ai dit que j'étais juif. Je ne savais pas vraiment moi-même, sauf quand mon père, n'a pas voulu que j'aille au catéchisme comme mes copains. J'ai toujours senti à mon lycée Janson-de-Sailly un antisémitisme subtil. Je vous laisse imaginer l'histoire quand je suis sorti plus de sept ans avec la fille, Sylvie,  du secrétaire perpétuel de l'académie française Maurice Genevoix. Mon père était devenu un homme riche et Maurice Genevoix était un intellectuel brillant. La rivalité entre les deux était réelle. J'étais invité tous les week-ends dans leur maison de campagne,   Les Vernelles, dans le Loiret ; je partais en Espagne avec eux dans leur résidence de vacance. En bref j'étais parfaitement intégré dans leur environnement. Ce n'est qu'au bout de plusieurs années que Maurice Genevoix m'a considéré comme un gendre possible, peu importe ma religion. L'histoire avec Sylvie, s'est mal terminée :  elle avait bien essayer de me récupérer au Mexique, pendant que ma future femme  était partie en France pour connaître mon pays et ma famille,  mais c'était trop tard, Néna avait pris trop d'importance dans ma vie.

Pour finir cet épisode, lorsque j'étais coopérant au Mexique et  enseignant à l'université, un de mes collègues me dit : "méfie toi , cette personne est Juive" ; je lui répondis immédiatement : "mais moi aussi je suis juif"  (ce que je n'avais jamais dit en France); il me rétorqua : "ce n'est pas la même chose,  toi tu es français".   Autre petite anecdote : après avoir corrigé les copies de mes élèves, une étudiante vient me voir et me dit pourquoi vous m'avez mis un D à ma copie ? Je lui répondis "parce que  ça ne valait pas mieux" ; Elle me dit alors "mais vous êtes juif !!"

Les juifs dans ce pays  sont terriblement solidaires et forment une caste bien à part, que je n'aprécie guère.


Voilà pour aujourd'hui, ne m'en veuillez pas, cela fait partie de ma thérapie.

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